Réponse au CRS du 9 janvier 2017 au procès de Jon Palais, un faucheur de chaises, à Dax.

Cher Monsieur,

Activiste en désobéissance civile et membre du collectif Citoyens & Policiers, j’étais présente ce jour pour soutenir un faucheur de chaises à son procès. Lorsque j’ai vu les fourgons de CRS présents, la déformation professionnelle m’a poussée à entamer la discussion avec les policiers positionnés aux abords du palais.

Vous n’étiez a priori pas débordés. L’hôtel de police de Dax étant accolé au palais de justice, il n’y avait aucun problème d’effectifs et vous ne risquiez pas d’être débordés par les ardeurs des militants pacifistes.

Les conditions étaient donc pour moi propices à l’engagement d’un dialogue. Je suis ainsi allée à la rencontre de vos collègues, par qui j’ai été bien accueillie.

Sachez que je ne m’attends jamais à un accueil à bras ouverts car vous êtes loin de tous connaître le collectif et vous n’êtes pas tous ouverts au rapprochement police/population. Néanmoins, je m’attends toujours à faire face à des fonctionnaires de police respectueux, aimables, diplomates, comme ils devraient l’être lorsque l’on s’adresse à eux poliment.

Au lieu de cela, j’ai plutôt été gentiment remballée avec une question à laquelle vous ne m’avez même pas laissé répondre. L’important n’est pas tant la question en elle-même, mais le fait que je n’ai pas eu l’occasion de me faire comprendre. Alors, je souhaiterais ici rectifier le tir.

À l’évocation du nom du collectif, vous m’avez lancé :

« Le Collectif Citoyens & Policiers ? Mais les policiers sont également des citoyens ! Vous n’avez rien compris, non, vous ne comprenez rien. »

Si vous m’aviez laissé le temps de vous répondre, je vous aurais expliqué que cette question a été l’objet de discussions au sein même du collectif. Que nous avons décortiqué ce que signifiait réellement le mot « citoyen », pourquoi nous ferions la séparation entre LE citoyen et LE policier, quelle en était la limite, comment cela serait interprété par les policiers.

Si vous m’en aviez donné l’occasion, j’aurais pu vous dire que vos collègues gendarmes ont été sacrifiés sur l’autel de la précision au profit de la facilité. En effet, les gendarmes sont aussi les bienvenus dans le collectif, car ils effectuent également des « missions police », pourtant nous n’en faisons pas mention. Nous avons souhaité nous focaliser uniquement sur le mot « policiers », au lieu de « forces de l’ordre » par exemple, afin d’optimiser le nombre de caractères et de faciliter la publication des posts sur notre compte Twitter (@Collectifcetp, by the way).

Si j’en avais eu l’occasion, je vous aurais cité l’un des policiers du collectif, qui s’est exprimé sur le sujet en disant ceci : le fait que la police n’appartient pas aux policiers est une évidence, c’est même la raison d’être du Collectif Citoyens ET Policiers. La séparation induite par ces deux mots a son importance pour souligner l’échange entre les deux parties, au contraire d’autres groupes qui fonctionnent en vase clos. Qui plus est, certains d’entre eux, en dehors de leur travail, restent dans le cercle de la famille « police », cultivant l’entre-soi, empêchant tout échange. Citoyen, c’est prendre part à la vie de la cité. Tous les habitants d’une cité ne sont pas des citoyens, flics ou pas. Être citoyen, c’est s’impliquer.

J’aurais donc ajouté que, en utilisant le terme de « policiers », nous nous adressons à une catégorie professionnelle et non à de « simples » citoyens. Les policiers ne sont plus des citoyens dès lors qu’ils endossent l’uniforme, ils sont fonctionnaires de l’État, dépositaires de l’autorité publique, qualité que tous les citoyens n’ont pas. Tout comme le devoir de réserve auquel ils sont soumis, contrairement aux « simples » citoyens.

Si nous étions tous en maillot sur la plage, nous serions tous les mêmes, mais là, nous sommes en manifestation, et vous, vous êtes en uniforme. (Merci à la BD Mafalda pour l’inspiration.)

Remplacez simplement le nom « Citoyens & Policiers » par « Citoyens & Médecins » et vous aurez l’idée.

Il est même fort probable, me connaissant, que je vous aurais souligné l’importance du fond plutôt que de la forme. Car ce projet de « rapprochement popo » (c’est ainsi que nous simplifions « police/population » entre nous) ne doit pas être traité avec superficialité mais avec toute la profondeur que sa complexité demande.

Et si vous m’en aviez donné l’opportunité, je vous aurais parlé de ma coéquipière de choc, Sandra Pizzo, et de son adoration maladive pour l’esperluette, ce petit « & » pour remplacer le « et ». Nous ne pouvions nous résoudre à lui ôter l’occasion de l’utiliser une nouvelle fois.

Pour finir, si vous m’aviez simplement souri et répondu poliment, si vous aviez pris cinq minutes de votre temps d’inactivité pour m’écouter, il est probable que je serais revenue avec un pack de bières* pour votre fin de journée.

Au lieu de cela, je suis repartie quelque peu « blasée » de ce dernier échange, mais consciente de la chance que j’ai de dialoguer au quotidien avec des policiers qui, eux, illuminent mes journées par leur gentillesse.

Monsieur le CRS de DAX, la prochaine fois, on se boit une bière* ?

Gaëlle Van Der Maslow
Collectif Citoyens & Policiers

*Sans alcool, évidemment !

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