Et si on arrêtait de compter les points ?

Deux victimes lors de la manifestation du 15 septembre 2016. © Samuel Boivin et AFP

 

Deux photos saisissantes. À ma gauche, Laurent, manifestant, qui a perdu la vision à un œil ; à ma droite, Olivier, CRS, brûlé au second degré à la cuisse : les victimes ont des prénoms.

Voilà. Une nouvelle fois, chaque camp a son blessé emblématique, dont l’image forte est relayée par ses réseaux sociaux et les médias qui lui sont favorables. Les pages Facebook valent ce qu’elles valent, bien sûr, elles témoignent tout de même d’une réalité assez désespérante : on y trouve peu de compassion pour les victimes du camp adverse (d’ailleurs, on y parle peu de celles-ci : chacun ses blessés, hein, et les vaches seront bien gardées), on y lit peu d’appels à ce que la justice – la justice, pas la vengeance – se fasse, on y lit beaucoup de haine la plupart du temps. De haine.

Et si on arrêtait de compter les points ? Laissons le ministère de l’Intérieur, dans son communiqué du soir même de la manif, tenir les comptes des forces de l’ordre touchées et leur adresser ses vœux de prompt rétablissement, sans un mot pour les manifestants blessés, qui probablement l’ont bien cherché, na. Et acceptons, dans les réseaux militants et les tracts des syndicats de policiers, de tenir une comptabilité globale : les victimes sont des personnes avant d’être des policiers ou des manifestants ou même des « individus violents », elles sont toutes à déplorer, et elles constituent toutes la même preuve que la manifestation, encore une fois, s’est soldée par un échec.

Sandra Pizzo, manifestante fatiguée, citoyenne obstinée

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *