Compte-rendu de la visite à l’Assemblée nationale

Le collectif Citoyens & Policiers a organisé, le samedi 31 mars dernier, une visite de l’Assemblée nationale en présence de nombreux interlocuteurs sensibles à sa démarche.

Après une déambulation guidée dans ce lieu solennel et symbolique du pacte républicain, durant laquelle des échanges informels ont déjà pu avoir lieu entre les participants, un débat autour des relations entre police et « jeunes des quartiers » a été organisé dans une salle de l’Assemblée.

Deux membres du collectif, un policier et une « civile », animent le débat. Les échanges commencent par un rapide tour de table pour présenter les intervenants : trois députés, Catherine Kamowski (LREM, Isère), Maud Petit (MoDem, Val-de-Marne) et Frédéric Descrozaille (LREM, Val-de-Marne), plusieurs membres des associations Espoir 18 (Paris) et Générations Femmes (Évry) ainsi qu’un jeune habitant de Seine-Saint-Denis, et cinq policiers.

Dès les présentations, la question mise au centre du débat est la suppression de la police de proximité, disparition jugée fatale par l’un des policiers. Tout au long de la discussion, ses collègues abonderont dans son sens.

Le dernier intervenant à se présenter est M., un jeune homme de 19 ans, vu par le collectif comme un trait d’union entre les participants au débat : s’il a attaqué l’État en justice pour un contrôle qu’il juge discriminatoire, il souhaite aujourd’hui devenir cadet de la République. « J’ai utilisé ma colère pour la transformer en intelligence positive », dit-il. S’il sait que « des policiers font très bien leur travail », il déclare tout de même avoir « beaucoup de questions à leur poser ».

Dont acte ! Invité à le faire, il place d’entrée la question des contrôles d’identité au centre du débat.

Face à tous les jeunes présents, qui tous racontent leur ressenti d’être régulièrement contrôlés de manière abusive et discriminatoire, les policiers rappellent le cadre juridique strict dans lequel interviennent ces contrôles. Ce qui ressort de ces premiers échanges, c’est la nécessité, tant du côté des jeunes que du côté des policiers, de réfléchir chacun à son comportement, d’avoir la volonté de faire baisser la tension et de se mettre à la place de l’autre pour comprendre ses codes et concevoir ce qu’il ressent au moment du contrôle. De là, le sujet primordial est celui de l’éducation pour les jeunes, de la formation pour les policiers – « Sensibiliser les jeunes à l’école et les policiers dans leur école », pour reprendre l’expression d’un jeune présent.

Le recrutement massif de gardiens de la paix ces derniers mois, pour rattraper le retard accumulé les années précédentes, et la rapidité de leur scolarité ont pour effet d’orienter la formation sur un mode répressif, selon un policier présent. De plus, l’image de la police véhiculée dans certains reportages télévisés met en avant les missions d’intervention musclées qui, bien que réelles, ne sont qu’une partie du travail policier. Les missions d’accueil du public et d’aide aux victimes sont bien moins connues du citoyen, y compris de ceux qui veulent rejoindre la police. Si l’on ajoute à cela la disparition de la police de proximité, on aboutit à une situation où, finalement, le policier ne connaît pas son lieu de travail, le quartier où il intervient. Le jeune gardien de la paix, qui vient souvent de province, ne connaît pas nécessairement la situation des quartiers difficiles, bien souvent lieu de sa première affectation. L’association Espoir 18, par exemple, tente de remédier à cela pour diminuer la méconnaissance et l’incompréhension. Cette logique de territorialisation permet de valoriser le policier dans son travail, de lui montrer que son rôle est reconnu alors que, dans l’institution, parfois, « on s’est barricadés dans notre uniforme », confesse un policier, qui déplore cet éloignement vis-à-vis de la population.

Le thème des sanctions est également abordé : si les jeunes présents avancent le fait que les policiers ne sont pas sanctionnés lorsque de mauvais comportements sont observés, les policiers leur expliquent qu’au contraire leur corps de métier est celui qui est le plus sanctionné dans l’administration. Toutefois, un policier reconnaît qu’il n’y a pas une visibilité suffisante de ces sanctions, que la hiérarchie ne sensibilise pas assez les personnels sur cette situation et qu’elle ne mène pas des actions de communication et de dissuasion. « On ne peut pas à la fois défendre la loi et avoir des comportements outranciers ! » La police nationale dispose toutefois, avec l’IGPN et la pré-plainte en ligne, de moyens pour sanctionner les comportements en interne.

Comment rapprocher la police et la population ? Peut-être en analysant mieux ce qui les éloigne. La question de l’évaluation de la satisfaction envers le service rendu est donc aussi abordée. C’est un des objectifs affichés de la nouvelle police de sécurité du quotidien, qui devra faire ses preuves. Il faut en effet bâtir des indicateurs pertinents, car mesurer la satisfaction n’est pas aussi simple que mesurer un nombre d’interpellations ou de gardes à vue. Cette démarche qualitative serait toutefois une preuve d’ouverture de la part du corps policier.

Enfin, deux dispositifs ont suscité des discussions : la mise en place de « caméras piétons » et le récépissé de contrôle d’identité.

Pour les caméras piétons, les intervenants s’accordent pour considérer que c’est un bel outil qui permet de faire baisser la tension, même s’il n’est pas une fin en soi.

S’agissant du récépissé, malgré le fait qu’il permettrait d’éviter les contrôles à répétition, le problème est qu’un individu potentiellement dangereux pourrait utiliser un premier récépissé de contrôle pour se soustraire à un contrôle futur, expliquent les policiers. Plus globalement, récépissé ou non, il faut trouver une solution pour améliorer la traçabilité des contrôles d’identité. Cela passera peut-être par l’utilisation du numérique (boîtiers, applis…). La traçabilité permettrait à la fois aux policiers de mieux mesurer l’efficacité de leur travail et à la population d’avoir une visibilité et de s’exprimer. Dans tous les cas, ces innovations, si elles sont portées par des dispositions législatives, devront être évaluées : contrôler la loi, c’est le rôle des députés présents, qui s’y engagent au moment de clore ce débat animé au Palais Bourbon.

 

Tous nos remerciements à Guillaume pour ce compte rendu !

Le compte-rendu sera disponible en PDF prochainement…

 

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Article 12 de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen de 1789