SUD OUEST –  » Faut-il relancer la nouvelle police de proximité ? « 

Faut-il relancer la police de proximité ?


Imaginée par la gauche en 1997, décriée puis abandonnée par Nicolas Sarkozy en 2003, la police de proximité fait son grand retour. Dans un entretien au Figaro, le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb a annoncé que la « police de sécurité quotidienne » voulue par Emmanuel Macron verra le jour à la fin de l’année.

Une annonce reçue avec circonspection par Aymed Korbosli, policier en poste à Bordeaux et secrétaire régional du syndicat Unité SGP Police FO, qui explique que « à l’époque, la police de proximité avait été mal perçue par certains agents« . « Renouer avec la population est primordial selon moi, mais il ne faut pas faut pas oublier que nous sommes des policiers« , ajoute-t-il.

Une réputation laxiste

L’idée que la police de proximité ait pu être une police trop laxiste, éloignée de l’essence du travail des gardiens de la paix, est en effet assez répandue au sein des effectifs de la police nationale.

Au contraire, pour Virginie Macholet, sociologue spécialiste des questions de sécurité locale et chercheuse à l’IAU Île-de-France, »l’idée de police de proximité se rapporte à des missions classiquement policières qu’il s’agit d’exercer à l’échelle d’un territoire bien identifié : assurer la protection des biens et des personnes, prévenir la délinquance et les troubles à l’ordre public, veiller à la tranquillité publique et au respect des lois. »

Un avis que rejoint Jean-Pierre Havrin, ancien haut fonctionnaire de police, également l’un des « pères » de la police de proximité. Pour lui, « la police de proximité est une police de plein exercice ».

La police de proximité au secours du renseignement territorial ?

De l’avis général cependant, la police de proximité permet un maillage territorial intense, utile pour récolter des renseignements dans la lutte contre le terrorisme.

Jean-Pierre Harvin assure que la police de proximité « permet de recueillir un nombre très important de renseignements indétectables autrement. Il s’agit de repérer les petites dérives, les signaux faibles. »

« Le policier qui connait bien un territoire et sa population aura accès à des informations que des services de renseignements seront incapables de détecter« , ajoute-t-il. Face au défi de la radicalisation de certains jeunes, la police de proximité peut apporter des solutions concrètes. Même son de cloche chez Aymed Korbosli, qui rappelle cependant qu’un déploiement efficace d’une telle police ne peut se faire qu’avec « suffisamment de ressources et d’effectifs« .

La nécessité d’injecter les moyens nécessaires

Aymed Korbosli rappelle que « ce dispositif aurait pu très bien marcher à l’époque, si on nous avait donné les moyens », et tire la sonnette d’alarme. « La police de proximité risque de consommer beaucoup d’effectifs, alors que la police nationale est déjà en sous-effectif dans la plupart de ses services« , explique-t-il.

Jean-Pierre Havrin souligne quant à lui que « dépouiller un service pour mettre sur pied la police de proximité serait contre-productif« . « Les syndicats sont méfiants, car ils se sont fait avoir plusieurs fois » rappelle-t-il.

526 millions d’euros d’économies prévues

« 526 millions d’euros d’économies ont été décidées, alors que les moyens actuels de la police sont très insuffisants. Je me demande comment le gouvernement va combiner les deux ». Gaelle Van der Maslow, cofondatrice de « Citoyens et Policiers », une association qui oeuvre pour le rapprochement entre la population et les forces de l’ordre, alerte également sur la question des effectifs. « Les policiers ne peuvent pas se dédoubler », ajoute-t-elle.