France Culture – Citoyens & Policiers ensemble pour questionner la police française

 » Comment renouer le lien entre la police et la population française ? Les forces de l’ordre acclamées après Charlie Hebdo, puis ciblées en tant que forces de maintien de l’ordre pendant la loi travail… notre police entretient une relation de plus en plus compliquée avec la population. » – Violette Voldoire a interrogé Jules et Sandra du collectif.

« De quoi parle-t-on dans le collectif, qui compte une dizaine de personnes, dont plusieurs policiers ? « On parle de tout ! » explique Jules, officier de police. Conditions de travail, contrôles au faciès, violences policières, aucun sujet sensible n’est écarté, car c’est bien dans ces pratiques policières que se noue la problématique relation entre la police et sa population. »

« Sur les violences policières, on a admis qu’on pouvait appeler cela violence illégitime. On a admis, en fait, qu’il pouvait y avoir une part de violence dans les missions policières. » Sandra Pizzo, co-fondatrice de Citoyens et Policiers. »

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Deutschlandfunk – Le malaise de la police française

Le 22 juillet 2017, la radio publique allemande Deutschlandfunk consacrait une heure d’émission à la police française, dont le mot de la fin est revenu au collectif Citoyens & Policiers.

Si vous souhaitez écouter l’émission, le podcast est disponible sur le site de la radio : suivez ce lien

Voici une traduction plus ou moins littérale des douze minutes offertes au collectif !

Une brasserie dans la banlieue de Paris : Sandra et Fabien rangent des cartons de bières bio dans la voiture. Le brasseur leur demande s’ils organisent une fête. « Non, pas une fête : un match de foot entre citoyens et policiers », dit Fabien. « Pour aider à rompre la glace. »

Dans le coffre de la voiture s’empilent deux douzaines de tee-shirts : sur les rouges est inscrit « Citoyen », sur les bleus « Policier ». Fabien, veste à capuche et bermuda, travaille comme policier dans un commissariat de banlieue parisienne. Il a participé aux manifestations des policiers en colère. « L’automne dernier, nous avons protesté contre nos mauvaises conditions de travail, la nuit, sur les Champs-Élysées et ailleurs pendant plusieurs mois. Nous sommes les “policiers en colère” : une association a été créée, à laquelle j’ai participé, puis j’ai décidé de rejoindre le collectif Citoyens & Policiers. »

Une révolte aux allures de mutinerie. L’attaque de policiers à Viry-Châtillon, dans laquelle deux fonctionnaires de police ont été blessés, dont un grièvement, a été l’étincelle qui a mis le feu aux poudres. Fabien, quant à lui, a décidé de s’investir pour améliorer les relations police/population, et aujourd’hui il va affronter sur le terrain « ses adversaires ».

Sandra fume une nouvelle cigarette. Avant le jour J, la tension monte dans la voiture. Point par point, les préparatifs sont passés en revue. « Et si jamais personne ne vient ? », s’inquiète Sandra, cheveux courts, robe noire, bottes bleues. Sandra est cofondatrice du collectif Citoyens & Policiers, avec Gaëlle. Elle vit dans un village en Ariège où elle travaille comme correctrice dans l’édition. Politiquement, elle penche plutôt à gauche.

« Je ne connaissais la police que dans le cadre des manifestations. Et celles-ci finissent souvent dans la violence. Je me suis toujours sentie plutôt anti-flic primaire. » Fabien reçoit un coup de coude amical de Sandra, il ricane. « Les attentats parisiens de novembre 2015 ont fait évoluer ma perspective », dit plus loin Sandra. « J’ai compris que les policiers n’étaient pas toujours dans la répression. Au Bataclan, ils ont risqué leur vie pour sauver celle des autres. Lors des manifestations contre la loi travail, auxquelles j’ai participé, j’ai pu observer des violences comme je n’en avais jamais vu auparavant mais également des policiers éprouvés. Et je me suis demandé : à qui tout cela profite ? Les CRS n’ont pas à être des instruments de l’État. »

C’est ainsi qu’est né le collectif Citoyens & Policiers, de ces réflexions. Sous ce nom, des actions sont organisées par Sandra, Gaëlle, des citoyens et des policiers pour apprendre à dépasser ses préjugés et à faire un pas vers l’autre, pour mieux se comprendre. Comme le match de foot entre citoyens et policiers, pour promouvoir la police de proximité. Fabien ajoute que le mouvement des policiers en colère représente seulement les intérêts des policiers et leur défense : « Il n’y a pas de remise en question de la police en faveur du citoyen. C’est très corporatiste. Dans le collectif, en revanche, nous travaillons ensemble sur les problèmes, pour confronter les points de vue des policiers et des citoyens, afin de trouver des solutions ensemble pour l’intérêt commun. »

Nous sommes le jour du match, il a commencé. Sandra se trouve dans les tribunes à courir partout. Fabien court après la balle sur le terrain, dans le groupe des policiers. Les deux équipes comptent chacune plus d’une dizaine de joueurs et de remplaçants. À la mi-temps, on en est à 1 à 0 pour la police. Sandra sert de l’eau à un homme en sueur dans son maillot bleu. Il s’appelle Laurent : Sandra connaît son véritable prénom, nous, nous n’en avons aucune idée. Le collectif garantit l’anonymat absolu aux policiers qui le souhaitent. En ce qui concerne Laurent, CRS, il a participé à de nombreuses manifestations contre la loi travail, dont certaines très tendues. En France, suite aux violences lors des mobilisations, les CRS sont particulièrement détestés. Laurent, lui, a décidé de travailler aux côtés du collectif Citoyens & Policiers, pour faire bouger les lignes : « Parce que je pense que c’est une cause importante à défendre. Nous, les policiers, ne sommes pas là pour être contre la population et être instrumentalisés, nous sommes là pour servir et protéger la population. Et ça, on l’oublie souvent. » Il met ses lunettes de soleil. « Il est important de retrouver la confiance et de renouer des relations apaisées. Maintenant, la police déserte presque les zones sensibles. On n’a plus de temps pour renouer le lien. On doit avoir un vrai contact avec la population dans notre travail. Aujourd’hui, l’État met tout sur la politique de sécurité nationale, mais cela ne convient pas. C’est normal que le mécontentement grandisse. Nous avons la pression par le haut et par le bas. »

Une femme blonde avec de grands yeux se tient aux côtés de Laurent sur le terrain. Elle porte un maillot rouge et fait partie des joueurs. Elle vient spécialement de Montpellier pour participer. C’est la cofondatrice du collectif avec Sandra. « J’ai participé à la manifestation contre la loi travail du 15 septembre 2016 ; j’étais place de la République, dans la nasse. J’ai vu Laurent, un syndicaliste, tomber devant moi, l’œil en sang. Quelques minutes plus tôt, on était tous à discuter calmement en attendant qu’on nous “libère”. Je n’ai pas compris l’emploi de la force à ce moment-là. Je suis foncièrement non-violente, mais je comprends que certaines personnes dans ces situations laissent parler leur colère par ce biais. J’ai également ressenti cette colère. Mais je ressens également de la colère quand je vois comment les policiers sont “utilisés”. La spirale de la violence est contre-productive et ne fait pas avancer le problème. »

La deuxième mi-temps commence. Sandra demande aux deux équipes d’échanger leurs maillots.  Certains joueurs suivent, d’autres non. Les équipes se mélangent et, en quelques secondes, on ne sait plus qui est policier, qui est citoyen. Des deux côtés, les barrières sont tombées. Après quelques beaux échanges, on siffle la fin du match. Tout le monde se retrouve dans les tribunes pour boire un verre, échanger, et pour la remise des prix. Un homme à lunettes saisit le micro et se présente : Jean-Pierre Havrin, ancien commissaire de police. Il est venu de Toulouse exprès en soutien au collectif. « C’est également mon combat depuis des années. J’espère que les relations entre la police et la population pourront s’apaiser et qu’elles entretiendront de bonnes relations. Et c’est possible : encore une fois, nous en avons un exemple aujourd’hui sur un terrain. »

Vingt ans plus tôt, Havrin, sur ordre du gouvernement socialiste de cette époque, mettait en place la police de proximité à Toulouse. Puis sont arrivés au pouvoir les conservateurs, avec l’ex-ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy. L’expérience a été interrompue.

Jean-Pierre Havrin s’apprête à remettre les prix et brandit deux coupes : « 3-3, égalité parfaite. Égalité, fraternité ! » Gaëlle appelle au micro Sandra et Fabien pour féliciter ses collègues de cette action qu’ils ont initiée : « Toute cette joie, tout le monde ensemble… C’est une vraie réussite. » Ce soir, ils vont fêter la troisième mi-temps dans un restaurant, citoyens et policiers, pour parler et imaginer leurs prochaines actions.